Trompe
La trompe
Présentation
La trompe, un instrument d’art et de tradition
La trompe est un instrument de musique à vent emblématique, de la famille des cuivres, chargé d’histoire et profondément ancrée dans notre patrimoine.
Sa pratique, vivante, dépasse son usage traditionnel lors des chasses. C’est également un instrument d’expression artistique à part entière qui continue aujourd’hui de vibrer avec force et émotion dans les forêts, les églises, les salles de concert, les festivals ou lors de grandes compétitions internationales, réunissant passionnés et curieux autour d’une même ferveur musicale.
Instrument exigeant, la trompe sollicite la maîtrise du souffle, l’écoute, la précision et le jeu collectif. Sa pratique repose autant sur la technique instrumentale que sur la transmission orale, la convivialité et le respect des traditions.
Un art musical et humain qui élève et rassemble
Plus qu’un instrument, la trompe de chasse est un art vivant et une école de valeurs. Héritée d’une tradition séculaire, elle conjugue exigence musicale, maîtrise de soi et partage des émotions. Sa pratique développe l’écoute, la concentration, la respiration et la maîtrise de soi, tout en ouvrant un espace rare d’expression collective. Sonner de la trompe, c’est apprendre la rigueur et la persévérance, mais aussi la capacité à sonner ensemble. La trompe parle un langage universel : sans mots, elle transmet solennité, joie, recueillement ou célébration, créant des instants forts où musiciens et auditeurs se retrouvent autour d’une même sensibilité.
Un instrument élégant
Instrument de musique à vent de tradition française, la « trompe de France », aussi appelée « trompe de chasse » ou plus simplement « trompe », est un cor naturel, accordé aujourd’hui en ré, reconnaissable par sa forme circulaire sans trou, ni touches, ni pistons.
Elégante et puissante, la trompe séduit autant par son éclat doré et son timbre cuivré que par la richesse de ses sonorités.
Un instrument puissant et complémentaire
La puissance de la trompe s’exprime surtout en extérieur : en forêt où elle peut porter jusqu’à plusieurs kilomètres. Elle résonne aussi dans de grands espaces tels que les cathédrales, les églises, etc. Elle peut accompagner la voix ou s’associer à d’autres instruments comme le piano, l’orgue, timbales, bombarde et cornemuse, flûte ou encore orchestre de chambre ou de jazz.
Fabrication
La fabrication de la trompe repose sur un savoir-faire artisanal minutieux réalisé par des artisans spécialisés appelés « facteurs de trompe ». Sa conception demande un travail rigoureux et précis afin d’obtenir un instrument de qualité adapté aux exigences des utilisateurs (sonneurs musiciens ou veneurs à la chasse).
Caractéristiques
- Appellation : trompe ou trompe de chasse
- Taille : 4,54 m de long cintrée sur 3,5 tours
- Poids : oscille entre 0,8 et 1,2 kg
- Matériau constitutif : laiton ou bronze
- Puissance du son : une trompe seule peut atteindre voire dépasser les 115 décibels
- Tessiture : accordée en Ré, sur 13 notes, amplitude sonore sur 3,5 octaves
Langage musical singulier associé à la trompe de chasse, le « ton de vènerie » se caractérise par un son puissant et vibré, par l’emploi d’articulations spécifiques — notamment des attaques dites en « hourvari » et des coups de langue tels que le « tayaut » ou le « roulé » — ainsi que par une inégalité rythmique qui confère à la trompe son expressivité et son identité stylistique.
La trompe a connu, au fil du temps, de nombreuses évolutions (longueur du tube, nombre de tours, etc.). A chaque génération, les facteurs de trompe ont perfectionné l’instrument qu’il s’agisse de l’épaisseur du métal, de sa composition, de l’embouchure ou encore de la branche d’embouchure, etc.
Composition
Pavillon amplifie le son,
souvent noirci à l'intérieur
pour masquer les salissures
et éviter les reflets du
soleil pour la chasse.
Bord renforcé par une
guirlande qui permet de
rigidifier le pavillon. Elle
peut être agrémentée de
gravure ou ciselée.
Tube en laiton conique
et cylindrique.
Embouchure, élément qui
permet la production du
son grâce à la vibration
des lèvres.
Sonner de la trompe
Les musiciens sont appelés des « sonneurs de trompe ». On ne « joue » pas de la trompe, on « sonne » de la trompe.
La trompe est la seule tradition instrumentale française où l’instrumentiste tourne totalement le dos au public, que ce soit en solo ou en groupe.
En groupe, les sonneurs forment un V, chacun se plaçant pour ne pas couvrir le pavillon du précédent, la trompe légèrement tournée à l’intérieur, afin d’obtenir une convergence du flux sonore.
La tenue du sonneur
Lorsqu’il se produit en public, le sonneur porte généralement une tenue inspirée de la tradition de la vènerie. Les groupes rattachés à un équipage de chasse à courre adoptent la tenue des équipages de vènerie : redingote, gilet et cravate de vènerie, une bombe et des bottes.
Les couleurs et formes de parements varient selon les groupes et équipages.
Gilet de vènerie sans
manche en velours ou
lainage aux couleurs du
groupe ou de l’équipage
Cravate de vènerie ornée
d’une épingle de vènerie
Bombe
Tricorne pour les femmes
Redingote 3/4 pour les
femmes ornée de
parements (col, manches
et poches) aux couleurs
et formes propres à chaque
groupe et équipage.
Jupe ou pantalon pour
les femmes
Bottes hautes
Pantalon appelé
« culotte de vènerie » en
velours
Redingote longue ornée
de parements (col,
manches et poches) aux
couleurs et formes propres
à chaque groupe et
équipage.
L'histoire de l'instrument
La trompe possède une histoire ancienne et prestigieuse. Apparue dès le Moyen-Âge sous la forme d’une corne conçue pour émettre des signaux sonores rudimentaires, elle a évolué au fil des siècles. Qu’il s’agisse de grandes chasses royales, d’offices religieux, d’usages militaires ou cynégétiques, la trompe n’a cessé de se perfectionner jusqu’à devenir un instrument de musique à part entière.
À la Cour Royale
Sous le règne de Louis XIV, la trompe est essentiellement employée pour la vènerie.
Ses qualités sonores embellissent le cérémonial des chasses royales, et conduisent à la création des premières fanfares (pièces spécifiquement écrites pour la trompe de chasse). Les plus grands musiciens de l’époque l’employèrent ensuite dans des compositions orchestrales ou des œuvres de musique de chambre dès le XVIIe siècle.
Puis la trompe a acquis dès le XIXᵉ siècle une véritable autonomie musicale.
De nos jours
La trompe est aujourd’hui indissociable de la chasse à courre, où elle constitue un langage musical codifié permettant de coordonner veneurs, suiveurs et chiens, tout en garantissant le bon déroulement de la chasse.
Si les fanfares de chasse restent au cœur de son répertoire, une riche musique spécifique s’est développée en dehors de la pratique cynégétique tout en gardant le ton de vénerie. La trompe se sonne aujourd’hui en solo ou en groupe, selon des règles précises, et donne lieu à un patrimoine musical exceptionnel comptant plusieurs milliers de fanfares et de pièces.
Différentes pratiques
Une pratique collective et fédératrice
Qu’elle soit pratiquée à la chasse ou en formation musicale, la trompe favorise l’épanouissement personnel et collectif.
La trompe est aussi un lien intergénérationnel, social et culturel. Elle réunit sonneurs débutants et confirmés, jeunes et anciens, dans une transmission respectueuse des savoirs et des valeurs. Présente dans des contextes patrimoniaux, culturels et festifs, elle dépasse les frontières et les milieux.
Une pratique vivante et plurielle
La trompe peut être pratiquée en solo, duo, trio, en groupe ou s’associer à d’autres instruments. Cette pratique offre une diversité d’interprétations, autour de quatre pupitres : chant, seconde, troisième et basse qui se sonnent en « forté », en « mezzo-forté » ou en « radouci ».
Dans la vènerie, la trompe constitue un langage codifié essentiel. Elle permet de transmettre des messages à distance, de rythmer les différentes phases de la chasse, de coordonner veneurs, suiveurs et d’appuyer les chiens. Attribut traditionnel de la chasse à courre, elle en est aussi l’un des symboles culturels majeurs.
Les groupes de trompe
Ces groupes appelés « formations » ou encore « sociétés de trompes », sont composés de 6 à 20 sonneurs.
La trompe en groupe est un spectacle en soi, s’apparentant à un orchestre symphonique.
Les sonneurs du groupe se répartissent en pupitres :
- Les sonneurs de « chant », jouant la mélodie, se mettent en tête,
- Les sonneurs de « seconde » juste derrière, interprètent la même mélodie dans un registre plus grave,
- Les sonneurs de « la troisième voix », se concentrent sur les sons bouchés et les accompagnements,
- Les sonneurs de « basse » sont aux extrémités du groupe. Ils s’expriment dans le registre le plus grave et ont un rôle de contrechant et de contrôle rythmique.
Il n’y a pas de chef d’orchestre, mais l’ensemble est guidé par un meneur généralement positionné devant.
Cette organisation unique renforce l’écoute mutuelle, la cohésion et le respect du collectif.
Médiathèque
Au travers des différentes pratiques, la communauté des sonneurs perpétue un savoir-faire ancestral.
Un répertoire vaste
Riche d’un patrimoine recensant plusieurs milliers de fanfares, d’ouvrages et d’enregistrements, le répertoire de la trompe se matérialise via des livres, des disques, des CD, des clés USB, des sites internet, etc.
Les grandes compositions, appelées fantaisies, sont parfois très élaborées. Elles mettent en œuvre toutes les ressources musicales : accords, nuances, chant, changement de mesure etc.
Les styles musicaux peuvent être très variés, alliant dans une même composition, entrée majestueuse, grandes chevauchées, moment de recueillement et de lyrisme et final avec de grandes envolées.
Une médiathèque de partitions et d’enregistrements
La Fédération internationale des trompes (FITF), maison mère des sonneurs, propose à ses adhérents un accès privilégié à l’ensemble de ce répertoire.
Une médiathèque en ligne recensant toutes les partitions des fanfares est mise à disposition gracieuse des adhérents de la FITF. Elle propose également des supports audios et vidéos. Cette banque de données s’enrichit chaque année de nouvelles œuvres envoyées par ses adhérents pour référencement et archivage.
La mémoire de la trompe
Dans le cadre du Réseau d’Archives et de Documentation de l’Oralité (RADd0) porté par la Bibliothèque Nationale de France (BNF), la FITF veille à collecter et archiver les ouvrages, les partitions anciennes comme contemporaines, les enregistrements musicaux qui lui sont remis.
La FITF porte ainsi la mémoire de la trompe.
Sur les réseaux sociaux
La chaîne YouTube de la FITF ainsi que les réseaux sociaux de la fédération, proposent aussi un large choix de contenus autour de la trompe. La retransmission d’extraits de concerts, de concours, la publication de tutoriels ou encore de vidéos et de sons d’archives d’évènements passés peuvent y être visionnés.
Unesco
Reconnu pour sa richesse historique, musicale et humaine, l’art des sonneurs de trompe est inscrit depuis décembre 2020 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’Humanité de l’Unesco, consacrant la trompe comme un patrimoine vivant, transmis de génération en génération, en France et à l’international.